Mercredi 5 avril 2006
Conte potager

Ceci est une histoire potagère. Et comme toutes ces histoires, elle se passe dans un potager ; c’est-à-dire, dans un jardin où poussent les légumes.
C’était un potager merveilleux, tenu par un jardinier expert et
consciencieux.
C’est la diversité des légumes cultivés qui faisait la renommée de Jeannot.
En effet, c’est à perte de vue que s’alignaient dans ce potager de rêve ; poireaux, céleris, carottes, navets, radis, laitues, épinards, bettes, haricots, potirons, courgettes, choux,scaroles, petits pois, tomates… et j’en oublie encore !
Ils poussaient et verdoyaient tous avec bonheur.
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Un jour, pourtant, naquit dans ce potager sans histoires, un légume peu ordinaire.
C’était un tout jeune légume qui présentait à la fois certaines caractéristiques du chou et d’autres de la carotte.
Notez qu’à l’heure qu’il est, Jeannot ne parvient toujours pas à expliquer ce phénomène extraordinaire perpétré par la nature. Mais après un examen minutieux, il décréta que ce légume était le résultat de la fusion d’une graine de carotte et une graine de chou, éprises l’une de l’autre et le baptisa aussitôt « Carchou ». Jeannot, tout animé, redoubla d’attentions et de soins pour ce nouveau légume, l’arrosant régulièrement afin d’assurer sa croissance.
Mais ce que Jeannot ignorait, c’est que dans un coin du potager, Maman Carotte et Papa Chou veillaient avec tendresse sur leur enfant.
« Tu dois regarder vers le ciel, Carchou, disait PapaChou afin de bien verdir et pommer tes feuilles ! »
« Tu dois pousser vers le centre de la terre, Carchou, disait MamanCarotte afin que ta racine devienne bien charnue ! »
« Non ! Mais regardez-moi ce feuillage chétif » ! disait PapaChou. « Fais un effort, Carchou, pour devenir comme moi. »
« Non ! Mais regardez-moi ce teint verdâtre » ! disait MamanCarotte. « Carchou ! C’est comme moi que tu dois devenir. »
A entendre tant de recommandations contradictoires, Carchou ne savait plus que faire et n’arrivait plus à grandir.
PapaChou et MamanCarotte étaient de plus en plus souvent en désaccord au sujet de l’éducation de leur rejeton. Et Carchou ne cessait d’importuner et d’injurier les autres jeunes légumes du potager. Il disait à la tomate qu’elle était plate.., au cornichon qu’il était glouton.., à la citrouille qu’elle était nouille et au céleri, qu’il était tout riquiqui. Bref, il chatouillait et blessait ses petits compagnons de potager.
« Laisse-nous tranquille » disaient-ils. Laisse nous vivre notre vie de légume. Laisse-nous grandir. D’ailleurs, tu ferais bien d’en faire autant !
Mais Carchou ne grandissait pas, faisant ce que bon lui semblait sans s’occuper du souci qu’il causait à ses parents, à son entourage et à Jeannot le jardinier.
Et pour parfaire le tableau, entre PapaChou et MamanCarotte se mit à pousser une mauvaise herbe que Jeannot trouva jolie et laissa croître et bientôt PapaChou et Mamancarotte ne purent plus se voir.
La situation en était là, quand Jeannot, peiné, décida qu’il devait tenter quelque chose. Durant de longues heures et bercé par le chant des oiseaux, Jeannot bina, sarcla, ratissa et quand il eut terminé, il sût qu’il devait parler à Carchou.
Jeannot s’approcha de Carchou, se pencha doucement vers lui et lui dit :
« Cher petit Carchou, je voudrais te dire combien je suis heureux que tu aies choisi de pousser dans mon potager qui est toute ma richesse. Cependant, je suis déçu parce que tu ne te décides pas à grandir.Je penses pourtant t’apporter tous les soins dont tu as besoin ! Es-tu malade ? »
« Non ! » répondit Carchou.
« Alors, pourquoi refuses-tu de grandir ?
« Je ne suis ni une carotte, ni un chou. Comment grandir quand on est un Carchou comme moi ? Vers le haut, vers le bas ? Tous les autres savent comment faire. Pas moi ! Je suis tout seul.
« Ca, répondit Jeannot, c’est ce que tu crois ! Voyons Carchou, regarde autour de toi ! Regarde quelques lignes plus loin. Là-bas, Carchou, fleurissent les POTI-MARRONS et les POIS-CHICHES. Plus loin encore, grandissent les CHOUX-FLEURS et les CHOUX-PAINS, et tout près de toi grossissent les BETTE-RAVES et les CELERIS-RAVES. Alors ! Qu’attends-tu maintenant ?
Et à Jeannot de s’en aller sur la pointe de ses sabots.
L’histoire ne dit pas si Carchou se décida à grandir mais à voir le sourire dans les yeux du vieux Jeannot, je pense que Carchou est devenu un légume beau et fort. Et à en croire les dernières nouvelles, on raconte que Carchou se serait épris d’une fleur… Mais cela, c’est une autre histoire.
Marie-Agnès




