La fée Sonnette
La fée Sonnette est en pétard.
La fée Sonnette a perdu ses lunettes.
La fée Sonnette est très distraite ; elle égare sans cesse ses accessoires de fée.Tantôt ce sont ses lunettes, tantôt c’est sa baguette magique. Et tout cela chagrine énormément la bonne fée Sonnette. Sans lunettes ; impossible
de repérer sur quel berceau se pencher, de quelle personne s’occuper; et sans baguette magique ; impossible d’exécuter féeries et sortilèges.
Alors, Sonnette, découragée, a progressivement abandonné son rôle de bonne
fée, gênée par ces fréquents contretemps.
Un jour, Sonnette perdit à la fois, et ses lunettes, et sa baguette.
Malédiction !
Enervée, éplorée, Sonnette s’appliqua à se remémorer ses formules magiques
pour appeler Merlin à la rescousse. Elle mit certainement 10 minutes mais
finit par y arriver.
—Drag nilrem evirra nigr nitul erorafrep!!!!
Et soudain, apparut devant elle un petit être replet qui la regardait d’un air narquois.
—Mais qui es-tu ? J’ai demandé Merlin !
—Erreur, Sonnette ! Ta formule magique m’appelait, moi le lutin Gringrin !
—Oh ! J’ai dû me tromper dans la formule. C’est vrai, je suis une fée bien
médiocre. J’oublie mes formules magiques, je perds sans cesse mes lunettes et
ma baguette et parfois même, j’ai mal aux doigts. Je suis inefficace,
incapable, inutile, idiote pour une fée. D’ailleurs, ai-je jamais choisi de
devenir fée ? gémit Sonnette.
Si Merlin était là, je lui remettrais ma démission en tant que fée…
Et Sonnette sanglota pendant de longues minutes.
Quand la flaque à leurs pieds devint trop importante les menaçant
de noyade, Gringrin finit par réagir.
(Petite parenthèse, ici, pour information : il faut savoir qu’une fée pleure en quantité 40.000 fois plus de larmes que tout être humain ordinaire.
—Qui perd ses lunettes y voit moins bien.
Qui pleure à chaudes larmes voit encore moins bien.
Qui cumule les deux n’y voit plus rien.!
Et parfois, c’est que cela lui va bien
— Epargne-moi tes sarcasmes, Gringrin ! Tu ne m’es pas d’un grand secours !
Comme je regrette Merlin ! Pauvre de moi, que vais-je devenir, maintenant,
sans lunettes et sans baguette ?
—Tu es déjà une fée, Sonnette, le plus simple est de le rester. Tu es une
bonne fée,Sonnette ! Au lieu de te désoler, tu ferais mieux de m’écouter ;
j’ai une proposition à te faire. Comme tu as perdu tes lunettes et ta baguette magique, je fais un compromis et je t’offre une paire de lunettes magiques…
— J’y verrai moins bien qu’avec mes lunettes… Mais, bon,…
Elle n’eut pas le temps d’achever sa phrase que Gringrin avait déjà disparu.
Epuisée, Sonnette se mit au lit. Elle passa une nuit peuplée de rêves
angoissants où ungros lutin aux lunettes géantes dirigeait un orchestre
à l’aide de sa baguette magique.
Le lendemain matin, Sonnette s’éveilla et découvrit sur sa table de nuit une
paire de lunettes qui lui semblèrent tout à fait ordinaires. Notre bonne fée
les posa sur son nez et ne vit rien à l’horizon. Surprise, elle les retira et à y regarder de plus près, elle s’aperçut que les verres étaient montés à l’envers.
Elle les posa à nouveau sur son nez et fut alors éblouie de ce qu’elle vit.
Elle voyait à l’envers ; c’est-à-dire qu’elle voyait à l’intérieur de sa
conscience. Et elle voyait plein de belles choses dotées de couleurs
chatoyantes. Elle vit qu’elle était belle de l’intérieur parce qu’elle avait fait,
de son mieux le plus de bien possible ; qu’elle avait rendu un grand nombre de
gens heureux et que son travail s’était révélé très utile.
Les doutes qui l’assaillaient encore la veille lui parurent ridicules et
elle sourit, elle rit même, autant qu’elle avait pleuré hier.
Et comme les féés rient aussi 40.000 fois plus fort que les êtres ordinaires,
un effroyable orage ne tarda pas à se déchaîner. Il dura jusqu'au soir.
De terribles éclairs déchiraient la nuit et permirent à Sonnette de distinguer
au loin, un petit gars dans son berceau qui avait des ennuis.
— Il est temps de me mettre en route dit Sonnette. La route sera longue.
Elle rassembla quelques affaires dans son sac, ouvrit le frigo pour prendre
de l’eau pour le voyage et mit la main sur ....;
sa baguette magique.!
Assurément, la féé Sonnette était distraite.
Texte et illustrations
Marie-agnès Aendekerk