Solidalgo, le petit soldat mécanique.

 

 

Solidalgo était un jouet. Oh ! Pas n’importe quel jouet, non…

C’était un jouet de collection; un très ancien jouet mécanique, un de ceux qui font le bonheur des collectionneurs.

C’était un petit soldat vêtu de rouge qui battait du tambour tout en marchant. Une merveille de précision, de rapidité et de sonorité.

Son possesseur en était très fier et se plaisait à le faire fonctionner inlassablement. Un simple tour de clef et Solidalgo démarrait en trombe, à toute vitesse et dans tous les sens.

Le son de son tambour couvrait le bruit ou la musique émis par tous les autres jouets mécaniques; ses compagnons. Notre petit soldat suscitait l’admiration et l’émerveillement de tous. Je dois ajouter ici, que Solidalgo n’était pas insensible à ce succès ; plus on l’applaudissait, plus il courait et plus il jouait fort.

Jusqu’au jour où ; à force de fonctionner aussi souvent, son mécanisme s’enraya. Notre collectionneur en fut fort attristé. Il essaya bien à plusieurs reprises de le réparer mais ses tentatives se révélèrent infructueuses.

C’est ainsi que Solidalgo fut remisé au fond de la vitrine aux jouets cassés et qu’il fut réduit à regarder, honteux, ses anciens compagnons s’ébattre sans lui.

Solidalgo se sentait bien seul. Ses compagnons lui manquaient.

Quelquefois, son propriétaire ouvrait la porte de la vitrine pour prendre un autre jouet mais sans plus un regard pour le petit soldat. Alors vint la tristesse et Solidalgo pleura toute l’huile de son mécanisme.

Et le temps passa.

Quelques années plus tard, notre collectionneur décida d’organiser une grande exposition de toutes ses petites merveilles et d’y inviter les plus grands spécialistes en matière de jouets mécaniques. Parmi les sommités, personnalités prestigieuses, ingénieurs géniaux qui y défilaient, un vieil horloger s’attarda longuement devant la vitrine aux jouets cassés. Intrigué, le collectionneur s’approcha du vieil homme.

— « Quelque chose vous intéresse, Monsieur ? »

— « Oui », répondit-il en pointant le doigt sur Solidago.

— « Oh ! Ce vieux petit soldat ! Ce jouet est complètement inerte depuis des années, de plus, il est irréparable ».

— « Permettez-moi de l’examiner ».

— « Vous perdez votre temps, Monsieur ».

— « Pensez-vous, cher ami ! Savez-vous que vous avez là une pièce exceptionnelle dotée d’un mécanisme unique».

— « Allons donc ! Il refuse de fonctionner, tout simplement ».

— « Vous vous trompez, mon cher ! Ce mécanisme est unique car il est auto réparateur ».

Et comment se répare-t-il, je vous prie ?

Par la voix, mon cher, par la voix !

La voix ? Quelle voix ?

Sa propre voix mon ami, sa propre voix ! Ne comprenez-vous donc pas ?

Pendant qu’il fonctionnait, ce jouet faisait beaucoup trop de bruit pour entendre sa voix.

— « Que dois-je faire, alors ? » demanda le collectionneur.

— « Parlez-lui doucement. Dites-lui qu’il est appréciable, unique et que ce n’est pas parce qu’il ne marche plus, qu’il ne joue plus de tambour que l’on ne l’aime pas. Votre jouet prendra l’habitude d’entendre et de reconnaître votre voix. Dites lui que s’il est capable d’entendre votre voix, il pourra bientôt entendre et reconnaître la sienne. C’est comme cela, cher ami, qu’il se répare. »

— « Marchera-t-il encore ? Jouera-t-il encore du tambour ? demanda le collectionneur en regardant Solidalgo avec tendresse.

— « Certainement ! Mais pas si vite, pas si fort. Vous comprenez ? Cela l’empêcherait d’entendre sa voix. »

C’est ainsi que quelques mois plus tard, on vit à nouveau Solidalgo trottiner tout en battant tambour. Il veillât cependant à ralentir souvent afin de toujours pouvoir entendre sa voix : voix qu’il trouva d’ailleurs assez jolie, si bien qu’il décidât de se mettre à apprendre le chant.

 

Marie-agnès 

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